3ÈME PARTIE DU DOSSIER

Suite du libre résumé de l’article de Mike Senior « Mixing Bass »).

La principale situation de concurrence fréquentielle entre 20 et 100Hz, dans les musiques actuelles, se joue entre la grosse caisse et la basse. Ils sont responsables de la majeure partie de l’énergie acoustique que mesurent objectivement les vu mètres, car comme le montrent les courbes d’isophonie, il faut plus d’énergie dans le grave pour produire la même intensité ressentie.

Le risque est donc que les fréquences de la basse et de la grosse caisse se superposent et occupent toute la dynamique disponible, au détriment des autres fréquences. Un autre danger est que la superposition des deux nuisent à leur perception et à leur clarté. Donc, vous l’aurez compris, on a tout intérêt à se préserver de ce problème, en divisant la dynamique disponible entre ces deux sources graves.

Astuce n°1 : ne pas faire jouer la basse en même temps que la grosse caisse.

Si cette approche relève plus de l’arrangement que du mixage, elle n’en reste pas moins extrêmement efficace. Cette technique trouve son application la plus courante dans la Dance music où la basse vient se placer en contretemps de la grosse caisse.

👉 L’exemple emblématique se trouve dans le morceau de Kylie Minogue « Can’t get you out of my head », mais on la retrouve dans de nombreux morceaux.

Astuce n°2 : faire jouer systématiquement la grosse caisse en même temps que la basse

L’idée ici est de créer l’illusion que la grosse caisse contient des fréquences très graves qui sont en fait celles de la basse qui joue en même temps qu’elle. Autrement dit,sur la base d’une sonorité de basse riche en graves, on fait entendre la grosse caisse (dépourvue elle d’extrêmes graves) aux moments où la basse joue, afin que, subjectivement, on ressente le grave de la basse comme étant également le propre de la grosse caisse, par le produit de la fusion des timbres.

Astuce n°3 : choisir de donner une prédominance à la basse ou à la grosse caisse dans le registre grave.

Selon le type de morceau et les conventions du style, on pourra favoriser plutôt la présence de l’un ou l’autre dans le bas du spectre. Dans des styles plus urban, Hip-Hop et consorts, on aura tendance à favoriser la grosse caisse (ex : Umbrella de Rihanna) alors que dans d’autres cas (ex : Guilt de Nero), la basse représentera l’épine dorsale du morceau. Si la basse se fait discrète entre 20 et 100 Hz, on aura tendance à accentuer sa présence entre 100 et 200Hz et inversement pour la grosse caisse. Par ailleurs, le timbre ressenti dépend fortement de fréquences largement supérieures, jusque dans le haut medium.

L’importance subjective d’un instrument grave dans le mix dépendra donc également de l’équilibre trouvé dans l’égalisation et de la qualité de la séparation fréquentielle entre les pistes.

Note : les exemples indiquées ne dénotent en rien les préférences musicales de l’auteur de ce blog, mais sont là à titre purement informatif 😉

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Astuce n°4 : utiliser un limiteur dédié aux graves sur un bus prévu à cet effet

Une approche moins subtile consiste à envoyer, sans veiller à leur séparation fréquentielle, grosse caisse et basse dans un même bus, voire sur le bus master, et compter sur le limiteur inséré sur ce dernier pour contrôler le niveau de sortie de ces instruments.

Si cette technique ne brille pas par sa finesse, car elle est susceptible de générer des artefacts (saturation, effet de pompage etc…), elle a néanmoins la faveur de personnalités aussi délicates que 50 Cent sur le titre « In da Club ». Si elle se prête bien à certains genres, on évitera en revanche cette technique si l’on est en recherche de transparence de traitement.

Astuce n°5 : ducker la basse avec l’amplitude de la grosse caisse

Vous connaissez le principe du « Ducking », n’est-ce-pas ?

👉Pour rappel, cela consiste contrôler la dynamique d’une piste en fonction de la dynamique d’une autre piste. L’utilisation la plus commune se trouve en radio, quand l’apparition de la voix du présentateur fait baisser automatiquement le volume de la musique de fond.

Techniquement, cela revient à mettre un compresseur sur la piste dont on veut contrôler la dynamique, tout en indiquant à ce compresseur que le signal à analyser pour déterminer son comportement est celui d’une autre piste.

Dans le cas qui nous occupe, on mettra un compresseur en side-chain, selon l’expression consacrée, sur la piste de la basse, tout en indiquant au compresseur qu’il prendra comme entrée la grosse caisse (voir illustration). On prendra un soin tout particulier à bien régler les temps d’attaque et de relâchement du compresseur pour que cette technique reste discrète. Commencer avec des valeurs très courtes et augmenter progressivement jusqu’à obtention du résultat souhaité.

Astuce n°6 : « trigger » la grosse caisse avec un sample plus adapté

Il y a des cas, notamment en présence d’instruments enregistrés, où l’on arrive tout simplement pas à faire cohabiter les deux de manière satisfaisante, quels que soient les trésors d’ingéniosité que nous ayons déployés dans l’utilisation de l’égaliseur, du compresseur, ou d’autres traitements.

Dans certains cas, on pourra remplacer la grosse caisse originale par une autre, samplée, dont le timbre permettra une cohabitation plus aisée avec la basse. Cette technique est devenu extrêmement populaire car les plug-ins disponibles à cet effet sont remarquablement simples efficaces : la dynamique de la piste originale est analysée et les impulsions de la grosse caisse sont converties en notes MIDI.

Ces notes déclenchent un sample de grosse caisse, voire plusieurs, ce qui permet de reproduire plusieurs niveaux de vélocité et ainsi d’être plus fidèle au feeling initial. Les outils les plus populaires semblent être trigger de Slate Digital ou Drumagog.

👉Pour info, Ableton Live permet de le faire de manière native, sans plugin additionnel. Si vous voulez connaître l’astuce, faites-le moi savoir en commentaire et je posterai une vidéo.

Astuce n°7 : modifier la hauteur de la grosse caisse

Cette dernière astuce ne conviendra pas à tous les styles. Néanmoins, elle pourra fonctionner dans le cadre de production électro. En élevant progressivement le pitch de la grosse caisse, on pourra faire en sorte que la confusion avec la basse diminue.

Conclusion : un grand nombre de techniques permettent d’améliorer la cohabitation de la basse et de la grosse caisse. La liste présentée ici n’est donc pas exhaustive. On aurait notamment pu parler de l’utilisation du compresseur multibandes mais je compte sur votre réactivité pour nous donner quelques astuces supplémentaires en commentaires ! 

2 Commentaires

  1. Benjam

    Salut Xavier,
    +++ pour une vidéo sur l’astuce numéro 6 😉
    Merci pour tout et longue vie à Sawup !!

    Réponse
    • XAVIER COLLET

      Salut Benjamin,
      Merci !
      Il y a très longtemps j’ai fait ça : https://youtu.be/4SzHbLpIevc
      C’est toujours valable aujourd’hui si tu es sur Live.

      Réponse

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Xavier Collet

Xavier Collet

Fondateur de SawUp

« Que faire quand on a passé les 30 dernières années à étudier passionnément toutes sortes de musique ? A travers SawUp, j’ai décidé de me vouer à la transmission en devenant “passeur de musique”. Chaque nouveau projet de formation est l’occasion pour moi de transformer mon insatiable curiosité en un engagement pédagogique au service de la communauté des musiciens d’aujourd’hui. »

Musique préférée : Esbjörn Svensson Trio – “Elevation of love”